Un panneau de déclaration de travaux est apparu récemment sur le portail de la rue de l’abbaye : « réfections toitures, diverses rénovations ». Les appels aux dons fleurissent dans l’église pour soutenir le projet.

Document imprimé présentant un appel à dons intitulé « Participez à la restauration de la vie monastique à Solignac ». La partie supérieure détaille trois tranches de travaux illustrées par des vues en 3D : la tranche 1 (800 000 € pour la toiture de l'aile Est), la tranche 2 (1,7 M€ pour l'hôtellerie monastique) et la tranche 3 (1,3 M€ pour le réfectoire monastique et la cuisine). En bas, un plan de masse coté met en évidence les bâtiments concernés par des cercles et des flèches rouges reliés à chaque projet.

Extrait de la plaquette d’appel aux dons (RIB au dos) disponible à l’entrée de l’église de Solignac..

Un architecte lié aux réseaux traditionalistes.

L’affichage réglementaire d’autorisation d’urbanisme mentionne bien entendu l’architecte en charge. Information anodine se révélant, encore une fois, être une instructive opportunité de découverte et de voyage au sein de l’univers catholique. Même si (comme on commence à s’y habituer avec les moines récemment installés dans l’abbaye de Solignac), l’excursion restera assez invariablement cantonnée à la galaxie traditionaliste.
Sur le web, on retrouve pour cet architecte un banal parcours secondaire au lycée Saint Jean de Limoges, puis des responsabilités dans le scoutisme, un parcours supérieur -bien entendu- en lien avec sa profession, et enfin son poste actuel dans les Yvelines. Quelques clics de plus suffisent, par le biais de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre locale, à constater ses liens avec le groupe Domvs Christiani…

Domvs Christiani, pendant traditionaliste des END.

« Fondé en 1978 par un groupe de jeunes mariés ayant appartenu au Mouvement de la Jeunesse Catholique de France [association de jeunes catholiques traditionalistes proche de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X ], l’œuvre Domvs Christiani existe formellement depuis une bonne vingtaine d’années »1. Ce mouvement spirituel se présente comme « une œuvre auxiliaire de la sanctification de la famille » s’adressant aux jeunes couples en quête de sens, et dont « la cause finale n’est pas la famille, mais le salut des âmes »2.
C’est l’équivalent traditionaliste des Équipes Notre Dame .
Au programme : réunions avec le groupe composé de quelques couples et de l’ecclésiastique référent, récitations, lectures spirituelles, quotidiennement chapelet en famille et prière en ménage, confession mensuelle, retraite annuelle, etc.… L’objectif est « l’approfondissement de la vie chrétienne » jusque dans l’intimité la plus quotidienne du foyer pour bien entendu, être plus à même de porter « l’esprit missionnaire et le rayonnement » à l’extérieur.
Domvs Christiani fait partie de l’arsenal (avec la messe FERR, le catéchisme, le scoutisme, l’école hors contrat, etc…) permettant aux traditionalistes de « cultiver l’entre-soi avec une mentalité d’assiégés et de « purs », les familles se retrouvant dans un cercle restreint »3.

La FSSP et la droite radicale identitaire.

La Fraternité sacerdotale Saint-Pierre (FSSP) quant à elle, est une société de vie apostolique catholique traditionaliste, fondée en 1988 par plusieurs anciens membres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (mouvement considéré par beaucoup comme « l’incarnation de l’intégrisme »4 catholique).
Bien que discret, ce mouvement fait malgré tout fréquemment parler de lui dans la presse.

  • A Nantes en décembre dernier, ils font partie des manifestants intégristes contraignant à l’annulation du concert de la chanteuse Anna von Hausswolff (évènement qu’ils qualifient de « satanique »), pourtant autorisé par l’évêché local.

  • A Besançon les liens entre la FSSP et l’extrême droite viennent troubler les dernières élections municipales, interrogeant le bon respect de la laïcité.

  • En début d’année dans l’Orne, la FSSP défraye la chronique quand ses liens avec l’association catholique identitaire Academia Christiana sont mis à jour dans un reportage du JT de France 2 . La FSSP dirige à Sées, l’Institut de la Croix des Vents, une école privée hors contrat réservée aux garçons qui a accueilli l’Université d’été de l’association de 2013 à 2019. Le président d’Academia Christiana est un des professeurs de cette école.
    Academia Christiana recrute au sein d’une jeunesse identitaire, d’ultradroite et/ou traditionaliste . Particulièrement virulente sur l’immigration ou le mariage homosexuel, l’association appelle à prendre les armes et à partir en croisade, ce qui lui vaut l’intérêt des services de renseignement.
    Le tollé est tel que les services de l’Etat et du département sont interpellés . La FSSP est contrainte de prendre ses distance .
    Depuis, le président d’Academia Christiania (qui reste très active sur les réseaux) est toujours employé par l’Institut de la Croix des Vents.
    Les Universités d’été se poursuivent ailleurs. A l’édition 2022, qui a eu lieu dans le Maine-et-Loire, « étaient présents des prêtres de la Fraternité Saint-Pierre »5….

L’Œil du 20 heures. Reportage (6 minutes) de France 2 du 16/02/2022.

Et comme le monde est petit, on pourra s’amuser de constater que la communauté de la FSSP qui s’illustre dans ce reportage (celle de l’Institut de la Croix des Vents) est située sur le diocèse de Séez . Il s’agit de la terre natale de l’actuel évêque de Limoges P.A. Bozo, terre sur laquelle il a gravi les échelons du cléricat pour y finir vicaire général (de 2015 à 2017), avant de partir embrasser sa carrière épiscopale en Limousin.