Suite à la messe d’installation des moines de St Joseph à Solignac ce 28 novembre dernier, il est probablement nécessaire de mettre en lumière certaines réactions publiques, particulièrement instructives sur ce qu’implique réellement l’arrivée d’une telle communauté au cœur de notre village.

Parmi nous à Solignac, beaucoup ont encore en tête cette époque, pas si lointaine, durant laquelle l’abbaye était occupée par les Oblats de Marie Immaculée. Cette période est généralement racontée avec nostalgie par ceux qui l’ont vécue. On ne manque pas de se remémorer la très bonne intégration de cette communauté au sein du village, son esprit de partage et les échanges vertueux avec les habitants. Il suffit d’ailleurs pour s’en convaincre, de voir comment, même 25 ans après leur départ, les Oblats eux-mêmes évoquent encore ce sentiment partagé1.

Malheureusement pour nous, toutes les communautés monastiques ne se valent pas, et il est à craindre que la comparaison avec le temps révolu des Oblats manque cruellement de pertinence.

Les moines du prieuré St Joseph qui fondent à Solignac, et leurs admirateurs, portent des valeurs et un projet de société qui paraît bien loin de celui de nombre de catholiques et d’habitants de la commune. Ce dimanche 28 novembre lors de la messe d’installation, l’église communale était certes bien remplie, mais entre les scouts d’Europe et des fidèles venus de (très) loin, la proportion de gens du cru semblait particulièrement maigre…

Mise à part la légitime couverture médiatique locale, l’arrivée des moines à Solignac a été principalement commentée par deux sites : 𝗥𝗶𝗽𝗼𝘀𝘁𝗲 𝗰𝗮𝘁𝗵𝗼𝗹𝗶𝗾𝘂𝗲2 et le 𝗦𝗮𝗹𝗼𝗻 𝗯𝗲𝗶𝗴𝗲3 (il est d’ailleurs très intéressant de constater, concernant le salon beige, qu’un des articles illustrés suggère une réelle promiscuité entre son auteur et les moines4).

Ces deux sites n’ont rien d’anodin et sont même très connus. Ils appartiennent tous les deux à Guillaume de Thieulloy5 « un journaliste et militant politique d’extrême droite française » qui a « mis en place une stratégie de diffusion de ses idées via les différents sites catholiques traditionalistes, intégristes, voire xénophobes ». Le salon beige est un site « catholique traditionaliste et intégriste, très influent à l’extrême droite6 », « qui a relayé à plusieurs reprises des contenus à caractère conspirationniste7 ».

Le choix d’installer le catholicisme radical à Solignac s’inscrit dans la continuité de la vision cléricaliste et rétrograde de l’évêque qui avait déjà, deux ans auparavant, fait venir à Limoges « une école hors contrat sous la houlette du très sinistre Institut du Christ Roi Souverain Prêtre8,9 ».

La messe est donc dite. Et même en latin, le message est limpide : il n’est plus question d’accueillants missionnaires, qui auraient à cœur de faire partie du village et de jouer au foot avec ses habitants. Non. Il s’agit maintenant de l’arrivée à Solignac du fondamentalisme chrétien, du repli sur soi, de l’isolement masculin contemplatif, et de tout son cortège d’adorateurs que compte l’extrême droite traditionaliste.

Il semble maintenant évident que dans l’agenda politique de l’évêque et des mouvements radicaux qui l’entourent, le quotidien des paroissiens et des habitants de notre village n’a en réalité, aucune importance. Toutes les ouailles ne se valent pas, et à la lumière de ces éléments il serait bon de s’interroger sur l’avenir que ces implications dessinent pour notre commune.